Transition énergétique dans le bâtiment : vers une nouvelle approche

Publié le lundi 6 mars 2017|Auteur: Pierre Boyzer
Des bâtiments "intelligents" à énergie positive

Une page nouvelle est en train de s’écrire pour les acteurs de l’énergie dans le bâtiment. C’est ce que chacun a pu mesurer à EnerJ-meeting, une manifestation organisée le 23 février par le groupe Bati Actu à Paris.

Enveloppe et équipements : un changement de logique

Jusqu’à présent, dans un bâtiment, la priorité était donnée à la performance de l’enveloppe. En concevant selon les principes bioclimatiques, en isolant et en rendant étanche à l’air (les trois axes majeurs de la « réglementation thermique 2012 », ou RT 2012), on diminuait au maximum les besoins énergétiques.

Puis la part incompressible liée aux consommations de chauffage, d’eau chaude sanitaire, d’éclairage, de ventilation et de fonctionnement des auxiliaires (toute la mécanique de l’installation, notamment les pompes et les circulateurs) devait être couverte avec des appareils performants.

Des performances de plus en plus difficiles à améliorer

Les différents intervenants de cette journée parisienne ont montré que cette logique touchait ses limites, et qu’une nouvelle approche serait retenue pour la prochaine réglementation, celle qu’on nomme parfois « réglementation bâtiment responsable », ou RBR 2020, bien que ni sa dénomination, ni son échéance ne soient encore connues.

A l’avenir, on continuera bien sûr à faire sortir de terre des bâtiments intrinsèquement performants. Mais le gain sur l’isolation ne sera pas aussi significatif que ce qu’il fut lors de la précédente réglementation, où la performance de l’enveloppe avait en gros été multipliée par trois. Cette fois, une part plus significative sera laissée au volet purement énergétique.

 

label-E+_C-Cette évolution est déjà sensible dans le label E+C- (énergie positive et réduction carbone), présenté par le Gouvernement à l’automne dernier. Il met l’accent sur les deux priorités qui devraient structurer la prochaine réglementation : plus d’énergies renouvelables et moins de carbone. Et dans les deux cas, c’est bien l’énergie qui est au centre du jeu!

 

Les énergies renouvelables au cœur du système

Au cœur du volet énergie du label, les renouvelables. Elles sont déjà présentes dans la RT 2012, qui exige une production minimale de 5 kWh/(m².an) en maison individuelle. Mais un panneau solaire, ou dernièrement un chauffe-eau thermodynamique, suffit à satisfaire l’exigence réglementaire.

A partir du niveau énergie 3 du nouveau label, c’est une toute autre logique qui prévaut. Le bâtiment devra produire plus qu’il ne consomme, en prenant en compte l’ensemble des usages (y compris les équipements branchés sur les prises de courant).

Cette production électrique, essentiellement photovoltaïque, n’a pas vocation à être revendue à l’extérieur, mais consommée directement dans le bâtiment, ce que favorise par ailleurs le cadre réglementaire adopté très récemment autour de l’autoconsommation.

Des bâtiments « intelligents »

A terme, et ces sujets étaient au cœur de l’EnerJ-Meeting, c’est toute une intelligence nouvelle du bâtiment qui se mettra en place, pour arbitrer entre la consommation en temps réel ou le stockage, en plein essor, avec comme variable supplémentaire le prix des énergies en temps réel, dans un monde où les tarifs vont devenir beaucoup plus volatils. D’autant que la production électrique pourrait provenir non seulement de surfaces significatives de capteurs photovoltaïques en toiture, mais aussi d’appareils innovants comme les chaudières à micro-cogénération, qui produisent de l’électricité à partir des molécules de gaz naturel.

Le bilan carbone comme « mètre étalon »

Car le gaz, et plus généralement les systèmes de chauffage par boucle d’eau chaude, conservent toute leur place dans ces nouveaux équilibres.

Si on avait pu craindre un moment que le chauffage électrique traditionnel revienne en force dans des bâtiments sur-isolés, cette inquiétude s’éloigne. La pénalisation des convecteurs à l’ancienne restera forte dans la prochaine réglementation.
C’est en revanche sur le volet carbone que les systèmes énergétiques sont le plus challengés.

Le niveau carbone 1 reste atteignable avec les solutions techniques d’aujourd’hui, à condition de les arbitrer avec finesse. Les déclarations de performance par les fabricants (FDES dans le monde des matériaux, PEP dans celui des équipements) joueront un rôle central pour que les bureaux d’étude puissent analyser finement le bilan carbone d’un bâtiment tout au long de son cycle de vie.

C’est au niveau carbone 2, le plus exigeant, que la situation se complique. Le gaz devra nécessairement y conserver une place, car chacun s’accorde à considérer que bien que fossile, cette énergie jouera un rôle central dans la transition énergétique, du fait d’un niveau relativement faible d’émissions de CO2 et d’une souplesse d’usage qui la rend très attractive.

Mais il faudra, par des équipements hautement performants, limiter au maximum la consommation de gaz. Et travailler sur le bilan carbone de l’enveloppe (structures légères, matériaux locaux…) pour compenser les émissions liées au gaz naturel.

Un immense chantier s’ouvre devant nous, et les acteurs n’ont que deux ou trois ans pour s’y préparer, entre le label d’aujourd’hui et la réglementation de demain.

Au travail !